Ce type ne doit pas mourir… Je le sais maintenant, car, depuis quelques minutes, j’ai tout compris. Exactement depuis que j’ai regardé les fesses de la môme Bunks.
— Ne m’approchez pas ! je crie.
Cela pour lui donner à penser que je vais tirer. Tout son être est contracté par l’appréhension, seul, l’orgueil le pousse vers moi.
Je lui laisse franchir un pas. J’avance le bras en faisant mine de presser sur la détente, il marque un arrêt, alors, je lui file un paquet maison au menton. C’est le plus beau crochet du gauche de ma carrière ; il ne dit pas ouf ! Il tombe, foudroyé… Je l’assaisonne avec un coup de tatane derrière la nuque afin d’être peinard, puis je m’approche de la table où est assise Christia.
— Alors, ma petite fille, lui dis-je… Quoi de neuf, depuis Cannes ?
Elle murmure :
— Depuis Cannes ?
— Inutile de jouer les Christine désolées, ma gosse. Cette fois, j’y vois clair… Tu es la première souris qui m’ait possédé sur le chapitre du maquillage. Jusqu’ici, je t’avoue, je ne croyais pas beaucoup au postiche ; maintenant, mon point de vue n’est plus le même…
— Que voulez-vous dire ?
— C’était toi, la fausse infirmière, à la clinique de Cannes. Bravo ! Je ne t’applaudirai jamais assez… Un tour de passe-passe pareil, c’est du grand art ! Je m’y suis laissé prendre car, plus encore que ton personnage physique, tu as su transformer ton personnage moral. Tu n’étais plus la belle aventurière aux cheveux d’or, genre magazine policier, mais une médiocre fille du peuple embringuée dans une sale affaire et qui ne voyait pas plus loin que le bout de son petit nez…