« Après avoir lu l’article du canard, tu as décidé d’intervenir ; qui donc, en effet, aurait eu le courage et l’aplomb nécessaires pour risquer un coup pareil ? Tu t’es teint les cheveux, tu les as roulés autour de la tête… Puis, tu as ôté ce fond de teint merveilleux qui donne l’impression que tu es bronzée… Tu as mis des verres de contact qui ont changé la couleur de ton regard… Du chewing-gum sur tes gencives pour changer la forme de ta bouche… Des fringues d’infirmière, une petite aspersion d’éther afin de chasser ton parfum… Boum ! servez chaud ! Voilà une gentille petite môme qui se venge d’avoir été cocufiée !
« Seulement, mon amour, l’autre nuit, à la clinique, j’ai vu tes jolies cuisses, et j’ai la mémoire des cuisses, surtout lorsqu’elles sont veloutées par un duvet brun ! En te regardant tout à l’heure, je considérais ces cuisses en me disant qu’elles me rappelaient quelqu’un… Et puis, j’ai remarqué que pour une blonde, tu avais les poils follets plutôt sombres. Et le voile s’est déchiré… J’ai pigé… »
— Vous êtes plus intelligent qu’on ne le supposerait en vous regardant, dit-elle.
— Tromper son monde ; ça fait partie du métier de flic, ma belle…
— Je sais…
— Alors, comme ça, c’est vous la patronne ?
Elle hausse les épaules.
A ses yeux je suis moins que rien. Je n’aime pas qu’une fille qui m’a possédé me prenne pour un gland.
Je m’approche d’elle et lui avance une gifle, mais c’est ce qu’elle devait attendre…
Comme ma main va s’abattre sur sa joue, elle interpose la sienne, qui tient une longue épingle sur laquelle ma paume se fiche. Je pousse un cri. La douleur me coupe net mes effets, mais elle est vachement mise à profit par Christia qui, preste comme une panthère, a sauté sur mon autre main tenant le pistolet et me l’arrache avant que j’aie eu le temps de me rendre compte de ce qui arrive.