Cinq minutes plus tard, Frida gratte à ma porte. Ça la démange. Quand ça démange à une fille, c’est toujours à une porte qu’elle gratte ! Et à la porte d’un monsieur…

Je ne la fais pas attendre.

Dire que c’est une affaire serait exagéré. Frida c’est jusqu’en amour le genre bovin. Pendant que vous lui faites le grand jeu, elle reste aussi statique qu’une motte de beurre ; et il y a en elle à cet instant presque autant d’infini.

Il est environ dix heures du matin lorsque je me réveille. Un morceau de soleil glisse entre les rideaux et, déjà, d’odorantes odeurs montent du rez-de-chaussée.

Ma porte s’entrouvre. Le visage poupin de Frida apparaît. Elle est luisante comme une savonnette.

— Messieurs officires franzoses vous demandent ! me dit-elle.

Elle approche de mon plume et me tend sa bouche. Je lui roule le patin de la sympathie et je me lève.

Un instant plus tard, je trouve un petit état-major dans la salle à manger de l’auberge. Mon lieutenant de la veille est là, avec un colonel et un officier de gendarmerie allemand. Ils sirotent une grande bouteille de Traminer. Allons, l’occupation française m’a l’air de bien se passer.

En m’apercevant, le lieutenant se lève.

— Voici Nikaus, qui a aperçu le mort, dit-il au colonel.