CHAPITRE IV

NI FLEURS, NI COURONNES

Quand vous pénétrez dans la baraque des Bunks, ça vous fait le même effet que lorsque vous franchissez la porte d’une mosquée ou d’un temple bouddhiste.

Une impression d’ampleur insolite et vaguement sépulcrale vient vous masser le cervelet. Le style est gothique. Les pièces sont immenses et on a envie de marcher au pas de l’oie dans toute la boîte.

Un maître d’hôtel plus rigide que mon copain le rigide nous salue en se cassant en deux. J’ai l’impression que son corset, en obéissant à ce mouvement, fait un bruit de godasse neuve.

Il nous dit, dans un français très bredouillé, qu’il va nous annoncer à Herr Bunks.

J’attends le Herr Bunks avec curiosité. Je l’imagine déjà : très teuton, avec monocle et calvitie accentuée par le rasoir… Mais il ne faut jamais avoir d’idées préconçues : Bunks est un petit sexagénaire pâlot, au visage aigu. Il a une épaisse chevelure blanche, séparée par une raie ; des lèvres minces, un regard bleu-vert, ardent et furtif à la fois, auquel les verres de ses petites lunettes à monture d’argent donnent des reflets étranges.

Il est très calme…

En pénétrant dans la pièce, il adresse un bref salut au colonel qu’il a déjà vu dans la matinée et se tourne vers moi d’un air interrogateur.

— Voici M. Nikaus qui a découvert cette nuit le corps de votre malheureux fils, dit le colonel.