Une fois hors de la demeure, je m’avise de demander au colon où se trouve le corps de la victime.

— Mais… chez eux…, fait-il. Je sais, j’aurais dû envoyer le cadavre à la morgue, seulement, étant donné la personnalité de Bunks, il m’était difficile de leur infliger cette épreuve supplémentaire… D’autant, je vous le répète, qu’ils sont très francophiles, donc à ménager…

— Bien sûr…

Je prends congé de l’officier. Je sens qu’il est brûlant de curiosité. Il donnerait sa Légion d’honneur pour savoir ce que je suis venu fiche ici et ce que j’y ai maquillé, au juste. Mais je n’ai pas de pitié ; s’il aime les mystères, il n’a qu’à lire des romans policiers…

— Au revoir, colonel…

Je le quitte sur la place du village et je me dirige vers l’auberge. Maintenant, ma mission est accomplie et je peux regagner Paris ; je le dois même car j’ai l’impression qu’un gros turbin se prépare déjà pour moi, là-bas…

Avant de me mettre en route, je décide de me taper une graine solide. Le gargotier de l’hostellerie n’est pas manchot et j’aime assez sa bouffetance.

Frida me guettait. Elle rosit d’émotion en voyant radiner son petit Franzose. En voilà une dont j’ai meublé les souvenirs pour un bout de temps, soit dit sans vouloir me faire de publicité. Elle dresse mon couvert et s’active à me servir.

— Vous, repartir ? demande-t-elle mélancoliquement.

— Oui, ma jolie, moi repartir… Les hirondelles aussi partent, mais elles reviennent.