— Bast, je lui fais en lui claquant le dos ; tous les métiers ont leurs inconvénients, mon petit père. Comment se porte le pensionnaire ?
Il hausse les épaules.
— Pas mal… Il ne dit rien ; il continue à rêver… Je finis par croire que c’est ou un fakir ou un poète… Les bras derrière la tête, à regarder le plafond en mâchouillant un petit bout de bois…
— Ouais… Ouvre !
Il sort une clé Yale de sa fouille et actionne une porte basse. Cette porte ferme la petite chambre secrète de la boîte, celle qui n’est pas comprise dans le plan officiel et qui nous sert pour nos affaires trop intimes.
Une odeur âcre de litière me fouette l’odorat.
Ça fait un bout de temps que ce pèlerin occupe cette petite piaule et comme elle ne comporte qu’une aération de fortune, l’air est plus vicié qu’une mère maquerelle spécialisée dans les petites filles.
Une petite ampoule munie d’un grillage jette dans le réduit une lumière grise et mauvaise qui fatigue les nerfs.
Un bat-flanc occupe toute la largeur de la cellule. C’est sur cette rude couche qu’est étendu Karl Bunks.
Il a beaucoup maigri depuis quelques jours. La détention l’a blanchi comme le soleil blanchit les os… Son regard s’est enfoncé, ses joues se sont creusées comme les flancs d’une bête malade. Tout son être a subi une sournoise métamorphose. Le rythme de sa respiration n’est plus le même…