Comme vous le constaterez, les sentiments n’ont pas grand-chose à voir avec cette histoire, seulement, rappelez-vous, bande d’endoffés, qu’on n’a jamais fait du contre-espionnage avec des sentiments.
Voilà pourquoi j’ai fait la pantomime du cadavre, en Allemagne. Tout simplement parce que, à court de ressources, nous avons pris le parti d’attaquer à notre façon…
— Remets-moi ça, gamine…
Elle me sourit avec dévotion.
C’est une brave petite greluse. Un de ces jours faudra que je lui propose une virée à la cambrousse… C’est le genre de brancard à travailler dans l’herbe, au bord de l’eau, comme dans les films sentimentaux.
Comme elle passe à proximité pour renouveler les consos des joueurs de belote, je la cramponne par la taille.
— Toi, je lui susurre, t’es la gosseline de mes rêves… Faudra que je t’explique ça en long et en large un de ces quatre !
— Hé là ! grogne le patron de derrière son canard, pas de charres au personnel, commissaire !
— Toi, le gros, je lui dis, potasse les petites annonces, histoire de voir si tu ne trouves pas le pavillon de tes rêves où remiser ta viande. On t’a assez vu comme ça, enflure !
Il flanque son France-Soir dans le bac à plonge et barrit. Il explique que le jour où il a acheté cette turne à deux pas des condés, il aurait mieux fait d’entrer au couvent ; que des gens aussi mal embouchés, c’était la honte de la capitale et que tant que la France aurait des représentants pareils, le pays serait promis au chaos et à l’anarchie !