— Non, mais la mère Tapautour doit en avoir un, tu penses : avec la barbouze qu’elle a !
Je pose ma veste et je quitte la pièce.
Comme je le prévoyais, la mère maquerelle est dans les parages, l’air faussement innocent.
Je cours à elle et je lui bonnis à l’oreille :
— Parlez-moi, dites-moi n’importe quoi !
Je pose mes pompes et, à pas de loup, je viens à la porte du studio. Le trou de la serrure est tout à fait à la hauteur de mon œil lorsque je suis à genoux.
Ce qu’elle a dû se rincer les châsses, la vieille ! On a une vue magnifique de la pièce… Autant que des tribunes au parc des Princes ! Au fond du couloir, la mère Tapautour me jacte inlassablement comme un perroquet remonté.
Je vois Rachel sortir du cabinet de toilette où elle se trouvait lorsque j’ai quitté la carrée.
Elle vient à la porte et tire la targette… Heureusement que la mère Tapautour est une vicelarde qui aime bigler les ébats de ses petits protégés… Pour ce faire, elle a muni toutes ses piaules de targettes et a ôté les clés des serrures…
Maintenant, Rachel, se croyant tranquille, va droit à la veste. Elle palpe les poches. La première chose qu’elle en sort, c’est le revolver. Elle ôte le chargeur, le vide des balles qu’il contient et glisse celles-ci dans une potiche. Après quoi, elle réintroduit le chargeur dans l’arme et l’arme dans ma poche. Puis elle s’attaque à mon larfouillet. Elle potasse mes papelards, ceux qui sont au nom de Nikaus, citoyen helvétique… Elle hausse les épaules et le remet en place. Ensuite, elle palpe consciencieusement ma veste. Pour une fille qui postule à un emploi de secrétaire, elle a un doigté rare. Elle ne met pas longtemps à trouver ma plaque spéciale dans la doublure. Elle la regarde et un sourire flotte sur ses lèvres…