CHAPITRE PREMIER

VINGT-DEUX, V’LA SAN-ANTONIO !

Le petit vieux à gueule de valet de chambre en retraite achève son yaourt avec des mines de poétesse sur le retour. Puis il essuie ses lèvres minces, lisse du plat de la main les quatorze cheveux collés en large sur son crâne blême et me demande :

— Vous connaissez celle du bonhomme qui achète un caméléon à ses enfants ?

Comme je ne la connais pas, je lui réponds que non ; et comme je suis un gentleman, je n’ajoute pas que je n’ai pas la moindre envie de me la faire raconter…

J’ai à penser, et il peut aller se faire cuire un œuf, lui et son caméléon…

Mais nous venons seulement de dépasser Bar-le-Duc et le petit vieux entend rester le plus possible au wagon-restaurant et jouir jusqu’au trognon de son vis-à-vis.

— Eh bien voilà, commence-t-il, c’est un bonhomme qui achète un caméléon à ses enfants pour leur montrer comme cet animal change de couleur.

— Très intéressant, je fais, tout en m’abîmant dans un océan de pensées…

— Il met le caméléon sur un chiffon rouge, continue le vieux.