La rouquine.
Admettons : un drame de la jalousie vient brouiller les cartes. Seulement, l’assassinat d’Édith n’est pas le fait d’une femme jalouse, mais bien celui d’un criminel organisé. On m’a vu embarquer la frangine à Fred. On n’a pas hésité à venir jusque dans ma maison pour l’égorger. Là, je ne crois plus à la vengeance, mais à l’exécution d’un plan savant.
On voulait absolument qu’elle ne parle plus. Et on a fait ce qu’il fallait pour ça. C’est donc qu’elle savait quelque chose ?
Était-elle au courant de la situation, malgré son petit air naïf ?
Je me le demande…
D’autres « pourquoi » me viennent en tronche. Ils radinent à la queue leu leu comme des canards.
Pourquoi l’assassin de Stumer a-t-il immédiatement prévenu la police, une fois son forfait accompli ? Car le coup de téléphone reçu par le commissaire Bapaume ne pouvait émaner que de l’assassin, le voisin immédiat de Stumer n’ayant rien entendu du meurtre.
Pourquoi Stumer et Édith sont-ils allés fouiller de fond en comble l’appartement d’Almayer ? Ceci fout en l’air ma théorie au sujet de l’enlèvement amoureux d’Édith par le Suisse. Il y a trois jours, elle savait que son frangin était parti jouer de la harpe dans un coin de ciel bleu. Stumer lui avait-il fait cette révélation seulement à ce moment-là ?
Je sursaute si fort que je donne un coup de volant malheureux qui me conduit tout droit contre une bordure de trottoir. Écoutez ça, les gars : il y a trois jours, personne, sauf l’assassin, ne pouvait savoir que Fred Almayer était mort!
Et pourtant, sa concierge n’a pas été surprise lorsque la frangine est radinée pour chercher des effets personnels. Et cette même pipelette prétend avoir appris la mort de son locataire par les journaux !