Une cigarette bien placée

Après ce nouveau coup fourré je me sens ragaillardi comme le gnace qui buvait une jouvence de vie alors qu’il était un vieux schnock. Ce mec voulait la jeunesse, et il l’a eue, faut dire aussi qu’il était dingue pour une poupée dont le blaze était Marguerite. Mais ça ne lui a pas réussi au zig, et son histoire s’est mal terminée. Enfin si vous n’avez jamais vu jouer Faust, vous n’avez qu’à retenir vos gaches.

Ouf, laissez-moi reprendre ma respiration. Quand on fait des grandes phrases, le hic c’est de s’en sortir avant d’être asphyxié.

Donc je me sens ragaillardi, et ce pour deux choses. La première parce que je m’en suis tiré une fois de plus, et pour s’en tirer dans un cas comme celui-ci il faut avoir un vase grand comme l’entrée du tunnel de Chaillot, ensuite parce que cet attentat me prouve que les gars qui me contrent m’estiment dangereux pour eux. Si je suis dangereux pour eux c’est que je brûle, vous ne trouvez pas ?

Pourtant je n’ai guère, personnellement, l’impression de brûler…

J’arrive à la Grande Boîte sans autres anicroches. Faut dire aussi que j’ouvre l’œil, et le bon… Mes agresseurs veulent me mettre en l’air rapidement, et pour arriver à ce résultat ils prennent des risques énormes. Ils agissent exactement comme si mon décès revêtait une importance extraordinaire…

— Il y a un message pour toi, m’annonce l’inspecteur de permanence. Il vient de Lyon. D’autre part, Pinaud a téléphoné de Lyon également. Il dit que tu le rappelles, il a laissé son numéro…

— Eh bien ! appelle-le moi.

J’ouvre le message et je lis :

« Voiture 2791 IF 69 n’existe pas, la classification minéralogique du Rhône n’ayant pas atteint la lettre I. Mollard, honnête commerçant, a déposé une plainte le mois dernier au sujet du vol de sa 203 dont le numéro était 446 B 69. »