Au moment où le signal passe au vert, je suis ahuri par un incident dont la soudaineté me déconcerte. Une main jaillit d’une voiture voisine de la nôtre. Elle brandit quelque chose de sombre et d’ovale et balance ce quelque chose sur mes genoux, puis elle décarre à fond de ballon.
Je n’ai pas eu le temps de revenir de ma stupeur que l’auto en question a filé.
Je bigle l’objet et je sens ma gorge qui se paralyse, mon palpitant qui se bloque et tout le reste qui se rétrécit comme une mauvaise chemise le fait au lavage.
L’objet propulsé dans la guinde n’est autre qu’une grenade. Tout ça s’est passé tellement vite ! Je ramasse la poire de métal comme un dingue et je la propulse par la portière en direction du bassin qui occupe le centre de la place.
Je crois bien que quatre secondes ne se sont pas écoulées entre l’instant où la grenade a atterri dans mon taxi et celui où je l’ai fait suivre.
Mon chauffeur ne s’est aperçu de rien…
Un baoum sourd retentit. Une gerbe d’eau s’élève du bassin aspergeant les bagnoles d’alentour. Des morceaux de pierre pleuvent sur les toits des véhicules. Tout ça est très atténué par le fracas de la circulation.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande le chauffeur.
— Rien, dis-je, des types qui en prennent d’autres pour le tzar de Russie.