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Le taxi me dépose rue Pelleport, devant l’immeuble habité par Auguste Riffaut, le chauffeur du général Pradon.
Il est plus de midi et tout le quartier fleure bon la frigousse.
Riffaut, m’affirme la concierge, habite au fond de la cour, au rez-de-chaussée. C’est agréable à apprendre, parce que les étages, ça essouffle, et l’on perd de ses possibilités lorsqu’on joue à la locomotive en débarquant chez un suspect.
Riffaut est à table. Je l’aperçois à travers une porte vitrée, face à sa bourgeoise. Il y a un mouflet de trois piges au bout de la table, qui bénit ses vieux avec de la bouillie.
Tout ça paraît bien honnête.
Ma silhouette se détache à travers les rideaux et les gonzes crient « Entrez ! » avant que j’aie eu le temps de frapper.
Je pénètre donc dans une cuisine propre comme un laboratoire suédois. Une odeur de bœuf gros sel me fouette les narines et m’apprend que j’ai faim.
— Salut la compagnie ! dis-je jovialement… Ça marche, la tortore ?
Riffaut, un gars jeune et brun, avec un petit air de breton assimilé, lève les yeux.