Il hausse les épaules :

— Un général, vous savez, ça commande à des milliers d’hommes, mais ça se laisse tout de même commander par sa femme !

— Auguste ! proteste l’épouse Riffaut.

Il baisse le nez dans son assiette. J’en conclus qu’un chauffeur de général ne commande à personne et que ça se laisse aussi commander par sa fumelle.

* * *

Je ne sais si vous avez vu le film tiré d’ Arsenic et vieilles dentelles. Pour le cas où vous l’auriez raté, laissez-moi vous dire qu’il y a là-dedans un chauffeur de taxi que son client oublie et qui lui présente une note longue comme un livre de Cécil Saint-Laurent.

Je réédite le gag pour mon compte personnel. En effet, captivé par la conversation d’Auguste Riffaut et par le bœuf de son épouse, j’ai oublié l’ancien commandant de cosaques qui fulmine au volant de son G7 en m’attendant. Il me dit des choses désagréables en russe d’abord, car il est pressé de se libérer, en français ensuite, lorsque sa première vague de mauvaise humeur s’est estompée.

Je le calme en lui montrant ma carte de police.

— Avenue Niel, 117, fais-je.

Il fonce comme s’il avait une lampe à souder aux fesses.