Par la vitre arrière, je bigle si je vois Bérurier. Et, en effet, j’aperçois sa tire à quelques encablures. Rassuré sur ce point, je remonte la vitre pour parer à une nouvelle distribution de grenades…
Le voyage s’effectue sans incident. Mes agresseurs ont dû réaliser que c’était un peu scié, leur combine. Ils se sont dit qu’on était à Paris et non pas en Amérique du Sud et que l’attentat à toute heure était un sport prohibé.
Je débarque du taxi et je règle mon cosaque afin qu’il ne biche pas un nouveau coup de sang à m’attendre, puis je pénètre dans l’immeuble cossu dont le général Pradon occupe tout le premier étage.
Une jeune bonne assez gentillette, nonobstant son air idiot, répond à mon coup de sonnette.
Je lui décoche mon sourire des soirs orgiaques, ce qui a pour résultat de la faire frémir comme un roseau qui ne serait pas pensant mais flexible.
Mais l’heure n’est pas à la bagatelle.
— Puis-je parler au général Pradon, mademoiselle ?
— Le général n’est pas là, dit-elle avec beaucoup de tranquillité. Il déjeune en ville…
— Vous ne savez pas où je peux le joindre ? C’est urgent.
Elle hésite. Si j’étais un peu moins bien baraqué, elle m’enverrait sur les roses ; mais mon charme opère.