— Mais, madame ! s’écrie-t-elle.
— Taisez-vous, beauté ! dis-je. Posez le manteau sur les épaules de votre maîtresse. Là, de cette façon, on ne verra pas que vous êtes enchaînée. Nous aurons l’air de deux amoureux… Où est le téléphone ?
Elle me conduit à reculons jusqu’au bureau du général. La pièce est solennelle, très militaire, avec des portraits d’officiers connus au mur et des photos dédicacées par de gros pontes de la politique.
Je compose le numéro du chef. Comme toujours, je l’ai du premier coup.
— Ici, San-Antonio, dis-je. Cette fois, j’ai fait une grande enjambée, patron : j’ai retrouvé la rouquine, Pernette, vous savez ? C’est la femme du général… Comment, quel général ?… Mais Pradon, bien sûr ! Je l’embarque immédiatement… C’est ça, comme témoin. Il faudrait envoyer du monde ici pour attendre son mari, qui n’est pas là… Du reste, on doit pouvoir le joindre tout de suite. Attendez…
Je chope un bloc de rendez-vous sur le bureau et je l’ouvre à la date du jour. Je lis : « Midi trente, cercle militaire ».
— Allô ? Il doit déjeuner au cercle militaire. Convoquez-le d’urgence… D’accord, j’arrive !
Je raccroche et j’attrape la soubrette par le menton.
— Tu n’as pas l’air d’avoir inventé la limonade saccharinée, lui dis-je. Pourtant, tu dois comprendre qu’il se passe des choses pas ordinaires. Alors, un conseil : enferme-toi dans ta cuisine et ne bronche pas d’ici avant l’arrivée de mes collègues. Tu verras, ils sont très gentils et ils ont des égards pour les jeunes filles joliment fabriquées. Si on téléphone, ne réponds pas, compris ?
— Oui, monsieur…