— Que je vous raconte tout d’abord la façon dont le plan a été volé…

Je pense : « Bonne idée. » Et j’attends en m’arrachant la peau des ongles à pleines dents.

— Le document était en possession du général Pradon, un officier du chiffre. Il l’avait extrait du coffre secret de la Défense pour le porter au ministère de la Guerre où devait se tenir une conférence extraordinaire. Le plan a été examiné et ratifié au cours de cette conférence. Au retour, le général a eu un malaise dans sa voiture. Celle-ci était pilotée par un nouveau chauffeur qu’il ne connaissait pas ; il n’avait pas pris garde à la chose, l’homme en question étant en uniforme…

« Une fois dans la voiture il a eu une sorte de vertige, a-t-il dit. L’automobile est une ancienne voiture de maître dont l’arrière est séparé de l’avant par une vitre coulissante. Une examen postérieur a prouvé que l’officier a été victime des émanations d’un gaz spécial inhalé dans la partie arrière du véhicule au moyen d’un tuyau de caoutchouc engagé dans un trou pratiqué au ras du plancher. La bouteille de gaz était placée au côté du chauffeur. En cours de route il l’a ouverte. Ce gaz étant inodore, le général ne s’est aperçu de rien… Il a sombré lentement dans l’inconscience…

Il se tait, remonte ses manchettes impeccables et touche délicatement sa cravate, comme on flatte les pétales d’une fleur pour la mettre en valeur.

Je n’y tiens plus.

— Bien joué, fais-je. Et alors ?

— Alors rien, le chauffeur a emmené le général dans une clinique en prétendant qu’il venait de s’évanouir. Puis il a disparu…

— Avec la serviette ?

— Avec la serviette !