— Et on le connaît ?

— Deux personnes l’ont identifié : le général d’abord, puis le véritable chauffeur auquel le faux avait fait boire un narcotique.

— Un narcotique !

— Le matin de la conférence, les deux chauffeurs se sont rencontrés au garage du ministère. Le faux a prétendu qu’il était nouveau. Il a invité son « collègue » a prendre un verre de marc. Il avait gardé une gourde dans une voiture. L’autre, sans méfiance, a bu. Il est tombé dans le cirage… Le faux l’a enfermé dans le coffre d’une vieille voiture avariée qui se trouvait au fond du garage. Le malheureux a du reste failli y mourir asphyxié. Il en a eu pour deux jours d’hôpital.

— Et alors ?

— D’après le signalement donné par le chauffeur et le général, j’ai établi une liste de suspects. C’était du travail de professionnel, ça…

— En effet.

— J’ai sélectionné des photos du fichier. Les deux victimes ont, sans hésitation, reconnu leur agresseur. Il s’agit d’un certain Stumer, sujet d’origine suisse qui a trafiqué avec la Gestapo pendant la guerre. Il a été blanchi par les Américains et maintenant doit travailler pour le plus offrant. C’est un de ces hommes, comme dit Alphonse Daudet, qui est prêt à vous tirer de l’eau pour dix francs et à vous y jeter pour cent sous !

Content de sa citation il se caresse la coupole. Ses yeux deviennent un peu plus bleus.

— Je suppose que vous avez lancé un mandat d’arrêt contre ce zigoto…