— Tu permets, a-t-il protesté. Ça fait quarante ans que je pêche.

Il n’a pas précisé que ça en faisait aussi quarante qu’il n’attrapait rien.

Quand je dis « rien », j’exagère. Y aura toujours des goujons téméraires…

Une heure s’est écoulée ainsi… Puis deux… Le soleil s’est alors mis à cogner comme un sourdingue. Les moustiques ont rappliqué aussi sec. Ç’a été un drôle de turbin. J’ai commencé à me gifler à toute allure. J’ai eu la gueule en sang avant Tatave. Un vrai numéro de flagellation…

Heureusement, on a eu une série de trois gardons microscopiques qui a apporté un brin de diversion.

— On pourrait aller casser une graine ? a suggéré Gustave.

J’attendais ça comme le Bon Dieu.

— Voilà qui est parlé…

— Avant, je vais poser une ligne de fond, on ne sait jamais ; la semaine dernière j’ai failli attraper une anguille.

Il a balanstiqué au jus une ligne solide, avec un hameçon gros comme un porte-manteau et une « plombée » d’un kilo !