CHAPITRE IX

Un gars de la Marine

Ça fait un moment que je ne suis pas venu draguer à Pigalle.

Et brusquement, en arpentant le boulevard de Clichy, je découvre que ça me manquait terriblement. Pigalle, c’est plus que le cœur de Paname, c’est son sexe. Et si une ville comme Paris ne peut vivre sans cœur, elle ne peut exister non plus sans sexe.

Tout ça pour vous montrer que le jour où le roman policier ne se vendra plus, je pourrai sans me faire opérer du cervelet me lancer dans la littérature tout court.

Et je vous parie une botte de cresson contre le prix Goncourt que je m’y ferai un nom tellement important que M. de Montherlant, l’auteur des Jeunes Filles (comme s’il savait ce que c’est !), sera obligé d’aller vendre des moules à Montrouge.

J’ai laissé ma tire sur le boulevard, because c’est le seul endroit où on peut remiser une calèche à ces heures.

D’un pas nonchalant, je descends la rue Pigalle. Ça commence à remuer dur dans le coin. Les tapineuses, repeintes à neuf, entament leur marathon. Les boîtes s’ouvrent comme des fleurs de nuit. (Toujours mon sens de la littérature, vous voyez : y a pas, je suis doué !) Les barbes commencent à se raser dans les turnes. Les aboyeurs des boîtes prennent leur faction ; bref, les nuiteux se mettent au turf.

Je m’arrête devant le Cerf-Volant. C’est une taule comme les autres. J’entre. Y a pas un greffier dans la strass. Le désert de Gobi, en plus petit !

Les musicos ne sont pas encore au turbin. Seul, un garçon nostalgique tripote un pick-up en écrivant des choses mystérieuses sur un bloc offert par Cinzano.