— Parfait, je murmure, alors il va y avoir du sport !
CHAPITRE VII
Si Félicie était bousculée par le type qui descend à Bourgoin d’un omnibus déglingué, elle le traiterait de malotru et lui casserait son parapluie sur la hure sans se douter qu’il s’agit de son fils bien-aimé, le très respectable et très vigoureux San-Antonio.
Je me suis livré en effet, chez Stéphane, à une séance de maquillage qui ferait crever de rage Frégoli en personne.
Je porte des lunettes de myope qui me font des châsses de poisson exotique, j’ai les tempes grisonnantes et je suis coiffé d’une casquette de laine, ce qui offre l’avantage de dissimuler mon pansement. Tel que, avec mes fringues honnêtes mais de coupe modeste, j’ai l’air d’un brave Français moyen qui rentre chez lui pour prendre les informations et déplacer des petits drapeaux sur la carte de Russie.
J’ai une carte d’identité toute neuve sur laquelle il est écrit que mon blaze c’est Jean Leroy et que je suis chef magasinier dans une usine d’électricité.
Bref, je m’estime à peut près paré. D’autant plus que j’ai un superbe colt passé dans l’élastique de mon support-chaussette.
Stéphane, qui est le mec le plus démerdard qu’on ait jamais vu en circulation, a téléphoné à un de ses potes qui est coiffeur à Bourgoin, pour lui demander de m’héberger et l’autre, qui n’a rien à lui refuser, a accepté de grand cœur.
Son salon est dans la Grand-Rue. Il est évidemment fermé au moment où je débarque, car il est environ dix heures du soir, mais je n’ai qu’à frapper trois petits coups à la lourde et on m’ouvre.
Le gars qui se tient devant moi a une blouse blanche, il frise la cinquantaine, ce qui ne me surprend pas de la part d’un pommadin ; il a un commencement de calvitie, des dents en or sur le devant du pavage et un gentil sourire de mec qui biche la vie par les cheveux.