* * *
Je m’éveille en sursaut, en proie à un cauchemar.
Dans mon rêve, y a un grand type sans yeux qui me court après, le long d’un immense fleuve. Pour lui échapper, je gravis à toute allure les échelons d’acier d’un plongeoir. Mais plus je les escalade, plus il y en a. Cela fait comme une échelle de pompiers en plein développement.
J’ouvre les yeux ; je me sens le corps trempé de sueur et ma petite sonnette d’alarme interne carillonne tant qu’elle peut.
D’un bond, je m’assieds dans mon lit, les tempes battantes. Tout est silencieux dans la turne. Et pourtant, je sais que c’est un bruit qui m’a réveillé. Mais quel bruit ?
Je me lève et vais entrouvrir la porte. Il n’y a pas d’autres sons de ce côté-ci que le double ronflement provenant de la chambre à coucher d’Adam et de sa bonne femme.
Je repousse la porte et m’habille en hâte. Je sais que je ne vais plus pouvoir refermer l’œil.
Il y a un petit réveil sur la table de chevet, son cadran lumineux dit trois heures.
La petite sonnette d’alarme continue à tinter en moi. Je connais son aigre signal, c’est un sixième sens qui déclenche le signal. Il est infaillible. Je sais, je sens qu’il se passe quelque chose…
Je vais à la croisée. Elle donne sur une ruelle. Je vois dans la ruelle des ombres qui s’agitent. Ces ombres appartiennent à des soldats allemands. Ils sont en train de cerner proprement le pâté de maisons.