Pendant le jour, des ouvriers repavent la petite rue que je domine. J’aperçois, en inclinant la tête, un gros monticule de sable qu’un camion a déchargé. Je me place au-dessus de ce tas et je me laisse glisser. Si j’ai mal calculé mon coup je vais me casser superbement la margoulette.
Faut croire que j’ai l’œil, car je plonge, les quilles en premier, comme une fléchette, dans le monticule. Je m’y ensevelis jusqu’à mi-corps.
Et dire que je ne voulais pas croire au marchand de sable, lorsque j’étais mouflet !
Je m’ébroue pour chasser les grains de sable de mes vêtements, puis quitte mes tatanes et, en chaussettes, je me calte, rasant les murs.
La maison du docteur Martin est toute proche. Mon sens de l’orientation infaillible m’y conduit tout droit. Je demeure un long moment à l’abri d’un mur afin d’observer la rue du docteur. Mais je comprends que mes craintes sont vaines, il n’y a personne, c’est-à-dire aucun observateur indiscret, devant le cabinet du praticien.
À moins qu’on n’ait posté quelqu’un dans sa turne, la route est libre. Je peux risquer le paquet. C’est mon occupation favorite.
En quatre enjambées je traverse la rue et je me suspends à la sonnette du vieux poivrot.
On dirait qu’il m’attendait, car la lourde s’entrouvre presque immédiatement.
— Vous ! s’exclame-t-il.
— Oui. Vous n’étiez pas couché ?