Et je m’éloigne de la porte ostensiblement. Mais je radine vite sur la pointe des pieds en prenant bien soin de marcher sur la carpette.

J’extrais mon feu de mon support-chaussette où j’ai pris l’habitude de le planquer et je le tiens braqué en direction de la porte, en prenant soin de le dissimuler aux regards d’un éventuel arrivant avec la boîte à pansements.

Quelques secondes s’écoulent. Elle fait fissa, la môme. Du moment qu’elle croit assister à l’hallali, elle se manie la rondelle.

Elle ouvre la porte brusquement. Elle est vêtue d’une robe de chambre en satin vieux rose et un ruban de même couleur est noué autour de sa tête.

— Bonjour, dis-je gentiment.

Elle fronce le sourcil car elle se demande qui je suis. Je fais un geste imperceptible pour lui montrer le revolver. J’aime autant vous dire que ça lui fait de l’effet. En silence nous nous mettons en marche, moi en avant, elle en arrière. Lorsque nous sommes tous les deux dans la cambuse je repousse la lourde avec le pied et, prestement, je mets la targette.

— Alors, Gertrude d’amour !

J’ôte mes lunettes et mon calot.

— San-Antonio…, balbutie-t-elle.

— Soi-même. Il est gonflé, le bonhomme, hein ma mignonne ?