Au bout d’une demi-heure nous nous retrouvons assis côte à côte comme précédemment.

— Merci pour votre… hospitalité, Gertrude, lui dis-je en lui cloquant un petit bécot dans l’oreille, vous êtes choucarde quand vous ne jouez plus à l’espionne. Maintenant, pensons aux choses sérieuses. Il faut que je me tire les paluches de ce guêpier. Tous vos boy-scouts me trottent après. Évidemment, ils ne se doutent pas une fraction de seconde que je joue à Casanova en votre compagnie, sans quoi ils voudraient me refaire le coup de Waterloo. Seulement, je ne puis demeurer dans ce patelin plus longtemps. Vous allez m’aider à en sortir.

— Vous plaisantez ?

— Ai-je l’air de plaisanter ?

Je fais sauter le revolver dans ma main.

— Gertrude, je crois vous avoir administré en quarante-huit heures plusieurs preuves de mon savoir-faire. Vous voyez que je suis capable de réussir des exploits qui — soit dit sans me balancer des coups de savate dans les gencives — sortent un peu de la normale, non ?

— Pour ça…, murmure-t-elle.

— Voilà ce que j’ai décidé… Puisque j’ai pu pénétrer jusqu’à vous en qualité d’infirmier, je vais vous faire un pansement soigné. Vous vous habillerez et vous m’accompagnerez. Si quelqu’un nous arrête pour vous questionner, vous direz que vous vous êtes sectionné une veine en tombant avec votre verre à dents à la main. J’aurai mon revolver continuellement braqué dans votre dos. Si vous dites un mot de travers ou si vous essayez quoi que soit, je vous dégringole, ma belle. Ce serait ma suprême ressource et je le ferais de grand cœur, n’ayant rien à perdre.

« À vous de décider.

Elle hoche la tête.