C’est ça qui serait tartouze ! Qu’est-ce que je lui raconterais au cloqueur de purge, s’il se mettait à être indiscret ? Le secret professionnel, c’est un truc qu’on ne respecte plus que dans La Veillée des chaumières, maintenant…

Non, décidément, c’est trop risqué. Comme je m’apprête à poursuivre ma route un bruit de bottes retentit dans le silence. Ces bruits-là sont plus éloquents que des discours électoraux.

Lorsqu’on les entend, le mieux qu’on ait à faire est de se garantir contre les éclaboussures.

Je presse le bouton de cuivre fiché à côté de la plaque. Plusieurs minutes passent. Le bruit de bottes se rapproche.

Est-ce que le toubib va se décider à ouvrir sa putain de porte ? Si jamais les zigotos de la patrouille me demandent des explications, je vais être salement empoisonné. Je ne peux pourtant pas me faire passer pour le père Noël. Non seulement je n’ai pas un poil de barbouze, mais aussi les pères Noël n’ont pas pour habitude de se baguenauder au printemps, la tronche tout ensanglantée, avec un sac de tortues sur le dos.

Une lumière éclate enfin dans la façade de la maison. Un bruit de pas, la porte s’ouvre.

Je me trouve nez à nez avec un type pas plus haut que le nombril d’un honnête homme. Il a une soixantaine d’années, un bouc gris et des yeux vagues.

— Qu’est-ce que c’est ? demande-t-il.

— Je voudrais voir le docteur.

— C’est moi.