— Tu vas voir où qu’elle va nager ta valtouze, espèce de pourri !
Les soldats qui ont compris s’écartent pour le laisser passer. Moi je fais semblant de m’agripper après lui, mais il me décoche un coup de pied en vache et je me roule par terre en hurlant. Stéphane court jusqu’au bord de l’écluse et y balance ma valise, le plus près possible des lourdes portes immergées.
Il se retourne alors et éclate de rire.
— Ah salaud ! hurlé-je en me relevant. Je vais te casser la tête.
Il fait semblant de prendre la pétoche et se tire en courant. Je le poursuis. Du coup, les Allemands se frappent les cuisses. Ils n’ont jamais rien vu de plus cocasse et ils se promettent d’écrire ça à leur famille. C’est trop drôle. Il n’y a décidément qu’en France qu’on assiste à des trucs de ce genre.
Nous parcourons plus de deux cents mètres, nous débouchons sur le pont léger qui traverse la rivière et nous forçons l’allure. J’aperçois les soldats qui nous montrent du doigt en nous criant des encouragements.
Puis je n’aperçois plus rien, je n’entends plus rien car l’explosion a rendu mon ouïe insensible et a brouillé un instant ma vue. Une trombe d’eau jaillit du cours d’eau.
Stéphane se retourne.
— On les a eus ? crie-t-il.
— Et comment !