— Absolument prêts, fait-il, soyez tranquille sur ce point, monsieur.
— Chacun a bien saisi ce qu’il doit faire ?
— Oui.
Par endroits, le quai comporte des dérivations en pente douce conduisant à la berge. Nous dépassons le convoi et nous descendons au bord de l’eau.
Nos hommes descendent. Je me glisse parmi eux et nous nous alignons sur deux rangs au bord de la flotte. Barthélemy se met à faire les cent pas d’une démarche d’automate. Je crie au type qui est resté au volant :
— Manœuvrez le camion de manière à ce qu’il soit orienté vers la dérivation, ce sera du temps de gagné…
Il obéit.
Cinq minutes s’écoulent, infiniment longues pour moi. J’ai les mains moites. Si je pouvais agir moi-même, je ne ressentirais pas cette nervosité, mais de n’être qu’un acteur de seconde zone au moment de risquer le paquet, cela me fait cailler le sang. Voilà ce que c’est que d’être réfractaire aux langues étrangères. Si j’avais appris l’allemand au lieu d’attraper des mouches au collège, et si l’ayant appris je m’étais perfectionné, je serais en mesure aujourd’hui de faire tout seulard mon petit numéro. Enfin, Barthélemy m’a l’air bien parti.
La première vedette arrive à notre hauteur.
Barthélemy porte un sifflet à ses lèvres et en tire un son aigu et prolongé qui ne manque pas d’attirer l’attention des passagers du bateau. Tout en sifflant, il décrit un grand geste.