Il se fait un remue-ménage à bord. Puis, comme notre ami continue ses gestes, la vedette se rapproche légèrement de la rive. Un officier demande à Barthélemy ce qui se passe (c’est du moins ce que je suppose) et Barthélemy se met à débiter un grand laïus en brandissant ses papiers truqués.

Il leur dit que l’écluse vient de sauter et que le haut commandement de la place a décidé que le matériel poursuivrait son chemin par fer, qu’en attendant nous devons le transporter à la Kommandantur…

Du coup, le barbu accoste. L’officier, un jeune type athlétique, descend et s’empare des papiers de Barthélemy. Il les examine attentivement, les lit, les relit, hoche la tête puis parlemente avec notre faux officier.

D’un coup d’œil, j’interroge mon voisin d’alignement et il me fait signe d’un autre battement de paupières que tout gaze aux pommes. J’en ai une bouffée de bonheur dans la poitrine !

En effet, le jeune commandant remonte à son bord et lance des instructions. La péniche qui suit accoste.

Barthélemy me jette un rapide regard. Il est anxieux. Et je vais vous dire pourquoi nous sommes anxieux lui et moi, c’est que nous ignorons tout du matériel transporté; par conséquent, nous ne savons pas si le volume dudit matériel n’est pas à ce point important que nous ayons immédiatement l’air suspects en prétendant l’emporter dans un camion, vous comprenez ?

Maintenant que les papelards nous ont ouvert les lourdes de la réussite, cette inconnue peut tout mettre par terre.

Lorsque la péniche a accosté, la séance recommence avec son commandant, cette fois.

Enfin il est d’accord. Il crie des ordres. Ce qu’ils peuvent gueuler dans cette armée allemande, c’est rien de le dire.

Barthélemy lui pose une question, je comprends qu’il s’agit d’une question, car l’officier secoue négativement la tête.