Il grimpe sur son rafiot. Nous demeurons provisoirement isolés sur la berge.

Barthélemy se tourne vers moi.

— Ça ne boume plus ? je lui demande.

— Si, au contraire…

— Pourquoi le commandant de la péniche a-t-il secoué la tête ?

— Je lui ai demandé s’il voulait que mes hommes aident au transbordement. Il paraît que non…

Nous patientons encore plusieurs minutes, je me sens fébrile à hurler. Pourquoi ont-ils repoussé la proposition de Barthélemy ? Ont-ils flairé du louche et ne sont-ils pas en train de communiquer par radio avec le haut commandement ?

Mais non, un petit cortège apparaît sur le pont de la péniche, surgissant par l’écoutille.

Ce cortège se compose de quatre hommes charriant un coffre plus long et moins large qu’un coffre-fort. Le commandant guide les porteurs jusqu’à notre camion. Ils hissent leur chargement sur le plateau du véhicule et s’en vont après nous avoir adressé quelques mots auxquels mes compagnons répondent par des exclamations joyeuses.

Après quoi, le commandant va à Barthélemy ; ils ont un bref colloque, Barthélemy lui remet ses fausses paperasses. Ils se saluent militairement et Barthélemy, toujours plus strict, plus prussien que jamais, aboie un ordre ; les copains polaks se précipitent dans le camion, lui-même se hisse sur le siège avant aux côtés du chauffeur. Je le rejoins ; à trois, nous sommes un peu serrés, mais ça n’a pas d’importance.