Le camion grimpe la butte accédant au quai. J’aperçois Gretta au volant d’une voiture conduite intérieure. Une grande Renault familiale qui a servi à amener la bande de Polskis à pied d’œuvre. Il a été convenu qu’elle suivrait le camion de loin avec la voiture, afin de nous secourir s’il survenait quelque chose au camion au cours d’une chasse possible. Cette dernière idée est d’elle, moi je ne voulais pas qu’elle participe au coup de main, mais on ne peut pas faire voir un fusil à une chienne de chasse sans qu’elle se mette à vous suivre.

Lorsque nous avons franchi une certaine distance, je frappe l’épaule de Barthélemy.

— Dites donc, vieux, on les a opérés vilain, les Frisés… Cette fois c’est du « jusqu’au trognon » ; mais comment se fait-il que le matériel soit si réduit. Je suis inquiet…

Il hausse les épaules.

— Vous avez tort, si les Allemands avaient flairé la moindre supercherie, ils nous auraient arrêtés, ils étaient en force…

— Mais sapristi, pourquoi mobiliser un train complet et trois bâtiments alors qu’un avion ou même une automobile auraient suffi à véhiculer ce coffre ?

— Oh ! vous savez, dit-il, ils ont le goût du kolossal chez eux…

* * *

Le voyage s’effectue sans encombre. Nous avons convenu avec Stéphane que nous mènerions le camion dans une petite propriété qu’il possède en pleine campagne, sur la route de Bourg-en-Bresse. C’est désert et nous pourrons le décharger et planquer la camelote en toute sécurité. Barthélemy connaît l’endroit et guide le conducteur. Nous mettons une petite demi-heure pour accomplir le trajet. J’ai l’impression que nous avons une sérieuse avance. Il ne s’agit pas d’une attaque mais d’un enlèvement en douceur. Les autorités allemandes n’apprendront peut-être ce qui s’est passé que d’ici plusieurs heures. C’est dire que nous pourrons cacher le coffre et le camion et nous disperser dans le paysage.

— Ici, fait Barthélemy.