Nous abandonnons le camion dans les faubourgs de la ville et nous nous tapons le tramway pour regagner sa base.

Une fois chez lui, je me laisse choir dans un fauteuil de cuir ravagé comme les pentes du Stromboli après une éruption.

— Vous n’avez pas par hasard un truc alcoolisé dans un placard ?

Il se la ramène avec un flacon de cognac.

J’en sirote deux ou trois godets, les châsses au plafond.

— Vous qui connaissez Stéphane mieux que moi, fais-je brusquement, vous allez me donner votre opinion sur toute cette histoire, j’ai besoin d’y voir un peu clair…

Il prend place dans un second fauteuil tout aussi minable que celui qui a l’honneur de soutenir mes fesses.

Il s’empare d’un pot à tabac, bourre une pipe et l’allume. Tout ça sans se presser, comme s’il allait nous bonnir une histoire de pêche.

— J’ai la nette impression, fait-il enfin, que nous avons tiré les marrons du feu. Votre petite amie Gretta m’a toujours paru un peu suspecte.

— Vous pensez qu’elle est véritablement nazie, avec toutes les preuves d’attachement qu’elle m’a données ?