Je ne crois pas me comporter en utopiste en affirmant qu’il sourit.
Il nous fait signe de le suivre et il s’engage dans les couloirs de la bâtisse.
— Qu’est-ce que vous lui avez raconté ? je demande à voix basse à Barthélemy.
Il hausse les épaules.
— Je lui ai dit que les deux types de la morgue avaient fait une petite foire, hier, et qu’ils s’étaient tellement blindés qu’on avait dû les rentrer chez eux dans leur fourgon.
Bon ça. Il est psychologue, Barthélemy ; il s’y entend pour trouver les détails qui donnent le petit fini de la vérité aux mensonges gros comme des éléphants.
Nous descendons un escalier et parcourons une certaine distance dans les couloirs blanchis à la chaux.
Des civils circulent et nous croisent avec indifférence. Le coin n’est pas sympathique du tout. C’est silencieux comme la morgue, avec cette différence qu’on entend parfois, amplifiés par la résonance des couloirs, des cris épouvantables qui me font serrer les poings.
La tête carrée ouvre une porte sur laquelle est peint le chiffre 2. Nous pénétrons alors dans une pièce plus grande qu’une cellule normale. Ce devait être une chambre ordinaire qu’on a transformée en geôle. On a cimenté la fenêtre et blindé la porte. Une petite ampoule électrique nue éclaire crûment une paillasse sur laquelle repose le corps d’un jeune homme. Celui-ci a le visage révulsé par la souffrance et ses yeux éteints sont encore exorbités. Son corps est couvert d’ecchymoses. Je constate qu’on lui a arraché les ongles de la main droite.
Barthélemy et moi nous nous regardons.