— Formidable ! murmure Barthélemy.
Barthélemy ne songe plus à sa répugnance. Il va au cercueil remisé dans la pièce voisine et s’applique à écarter les cheveux du professeur.
— Exact, fait-il en revenant, il y a bien des tatouages sur ce crâne.
Il me regarde, perplexe.
— Par exemple, je ne comprends pas pourquoi les Allemands prenaient tant de risques en véhiculant ce cadavre, pourquoi ils mobilisaient tant d’hommes et de matériel alors qu’il leur aurait été si facile, soit de transcrire la formule, soit de la photographier ?
— Cette question m’a beaucoup tracassé, dis-je ; aussi j’ai passé la matinée à la résoudre… Pour cela, j’ai potassé de vieux journaux et des revues scientifiques à la bibliothèque municipale. Hossaïnem travaillait depuis vingt-cinq ans en Italie. Juste avant la guerre, il faisait des recherches pour réaliser une fusée sphérique téléguidée. Je me doute que le premier soin des Allemands, au début de la guerre, a été de mettre le grappin sur Hossaïnem. Seulement, ce dernier ne devait pas vouloir mettre sa science au service des nazis. Il a fait traîner les choses. Il livrait peu à peu son invention, mais le point final, la clé de voûte de l’édifice, il la détenait, et il est mort avec son secret inviolé. Les Allemands ont repris ses travaux en Belgique d’où ils préparent une terrible offensive aérienne avec des engins modernes. L’Italie n’étant plus sûre, tout a été transporté Outre-Quiévrain. C’est le lieu idéal pour lancer une fusée nouvelle sur l’Angleterre.
— D’accord, coupe Stéphane, mais le cadavre… Pourquoi ce transport funèbre, comme l’a demandé Barthélemy ?
Je ris :
— Parce que, mes petits gars, les Allemands ignorent la particularité du tatouage crânien.
Mes compagnons sursautent :