— Voulez-vous dire, s’exclame Stéphane, que l’invention du savant est en la possession de son cadavre ?
— C’est exactement l’expression qui convient, mon petit père.
— Mais son corps a été exploré, disséqué… Ses vêtements mis en pièces… J’en ai du reste encore mal au cœur.
Je souris, heureux de pouvoir ménager mon effet.
— Ce soir, je prends l’avion, et j’emporterai un drôle de colibard, je vous le dis.
Tous deux me regardent attentivement.
— Quoi donc ? finit par questionner Stéphane.
— La tête du mort ! Je la prélèverai sur le cadavre, sale boulot en perspective, il y a même une loi qui punit cette sorte de mutilation, mais je ne vais pas m’embarrasser du corps entier alors que la tête seule m’intéresse.
— Voulez-vous dire…, commence encore Stéphane.
— Que même mort, il a son invention dans la tête ? C’est exact. Hossaïnem, qui pourtant était un homme évolué, a mis au service de son œuvre une vieille coutume persane : il s’est fait raser le crâne à triple zéro, s’est fait tatouer sur la tête les formules de sa découverte et a attendu que ses cheveux repoussent. C’est la plus sensationnelle de toutes les cachettes, n’est-ce pas ? Heureusement que j’ai roulé ma bosse un peu partout et que je sais pas mal de choses…