Barthélemy et Stéphane fument béatement.

Nous sommes dans la petite propriété de la route de Bourg.

— Je ne comprends pas pourquoi vous trimbalez ce cadavre, dit Stéphane, voici vingt-quatre heures que nous l’avons et, je ne sais pas si vous avez de la cire dans le nez, mais… D’autant plus que, contrairement à ce que vous aviez annoncé aux Polonais, vous ne l’avez pas photographié…

— À quoi bon, dis-je, puisque je l’ai tout de suite reconnu.

— Hein ?

— C’est le professeur Hossaïnem.

— Connais pas…

Barthélemy ôte sa pipe de sa bouche.

— Le savant iranien qui, à Milan, s’est spécialisé dans les recherches aéronautiques ? J’ai lu des articles sur lui dans différentes revues scientifiques d’avant-guerre.

— C’est cela, dis-je. C’est Hossaïnem qui a inventé la fusée sphérique dont les Allemands font si grand cas. Cette fusée n’a pas été construite parce que Hossaïnem est mort. Son corps est le seul témoignage de son œuvre. Nous nous sommes demandé pourquoi ce coffre de faible dimension était transporté avec un tel déploiement de tralala, de wagons, de bateaux, etc. Certes, il aurait été plus simple de le trimbaler par air, seulement un corps est une denrée périssable, si j’ose dire. Dans un incendie, cela se carbonise. Tombant de haut, cela se brise… C’eût été imprudent. Or, les Allemands sont des gens prudents.