Je remise mon pétard et je pars d’un profond éclat de rire.
— Assez inattendue, la pochette-surprise, hein, les petits ? On cherche du matériel secret, des plans, je ne sais pas quoi de sensationnel, on monte l’opération la plus formidable dans l’histoire des services secrets, ensuite on se tire la bourre pour se faucher le crapaud et que trouvons-nous dans la tirelire ? Un macchab ! Un bath ! C’est du soi-soi comme calembour. Nom de fichtre, je la raconterai aux enfants de mes petits-enfants, celle-là, au lieu du Chaperon rouge …
Stéphane et les autres ne partagent pas ma bonne humeur.
— Ben quoi, je leur dis, faites pas ces billes… Faut être beaux joueurs, il ne nous reste plus qu’à nous débarrasser du macchab.
— Vous avez examiné le cercueil, oui ? Il n’a pas de double fond ?
— Non, dit Gretta. Et nous avons fouillé le mort. Youri, qui est médecin (elle désigne un de ses pingouins) a vérifié sa dépouille dans les moindres recoins, il ne contient rien ! Il a même poussé les recherches jusqu’à lui donner un coup de bistouri dans l’estomac. C’est un mort de bon aloi… Je me demande ce qu’il faisait à bord du convoi, et pour quelles raisons les Allemands nous l’ont remis…
— Stéphane, dis-je, allez chercher la voiture, vous la rangerez dans la cour et nous y chargerons le défunt. Je voudrais le faire photographier pour tâcher de savoir qu’il s’agit d’un haut personnage ou quoi…
Je prends la môme Gretta par le menton.
— Tu n’étais qu’une petite rouée comme les autres, ma gosse, mais tu as sur les autres l’avantage d’être gentille. Or, les mômes gentilles jouissent d’un privilège : elles touchent le cœur de San-Antonio… Le cœur et tout, quoi ! Ça me ferait plaisir de te revoir après la guerre. Je t’offrirais un cornet de frites, car j’espère qu’à défaut de l’Alsace et des colonies, la pomme de terre frite nous sera rendue ! Allez, bons baisers… et à bientôt.