— Prenez-le, Gertrude, et essayez de lui soutirer le petit renseignement qui me serait si agréable.

— Comptez sur moi, dit-elle.

Le major fait claquer ses doigts. Les deux soldats qui m’escortent m’empoignent par le bras et m’entraînent dans le couloir. Nous redescendons l’escalier, je crois d’abord que c’est pour regagner ma cuisine-cellule, mais nous descendons encore. Je suis bon pour le sous-sol, j’ai compris.

La villa a le confort ultra moderne : chauffage central et chambre de torture. La chaudière du chauffage et la pièce réservée aux interrogatoires se trouvent à la cave, comme il se doit. Mes gardiens m’introduisent sans ménagement dans le local de la « question ». J’en fais l’inventaire d’un rapide coup d’œil. Il y a là un fauteuil en bois massif qui ressemble à une espèce de trône, une baignoire, une table, une chaise et, accrochée aux murs, toute une panoplie épouvantable que je préfère ne pas détailler.

Ils me font asseoir dans le fauteuil et me lient les jambes après les pieds du meuble tandis que mes poignets sont fixés aux accoudoirs.

Ceci fait, ils sortent.

Je me dis que les réjouissances ne vont pas tarder à commencer, mais, contre toute attente, rien ne vient. Sans doute un long recueillement fait-il partie du programme ?

Je me fais salement tartir dans cette cave ! Il n’y a pas d’issue, pas le moindre soupirail, rien ! C’est bouché comme le cerveau d’un gendarme… Une ampoule électrique poussiéreuse pend au bout d’un fil ; un vrai décor réaliste, je vous le dis ! Avec quelques chauves-souris, on attraperait même le style médiéval…

Un temps infini s’écoule, dont je n’ai pas la notion exacte. Je l’occupe à réfléchir sur les aléas de ma situation. Vous conviendrez sans peine que, même considéré avec le maximum d’optimisme, mon baromètre personnel est loin d’être au beau fixe ! Il est plutôt à la gadoue, et, à moins d’une manifestation occulte, ce soir j’aurai terminé ma brillante carrière.

Il va avoir droit au salut militaire, le petit San-Antonio, madame, et, tout de suite après, au salut éternel.