Il pose son sac. Le sac se met à remuer, par terre. Le gars reviendrait de lever des collets à lapins que je n’en serais pas autrement surpris. Il sort un couteau de sa poche et tranche mes liens. Après quoi il referme son ya et me reluque d’un air niais.
Je me lève. C’est bath de retrouver la verticale. Je fais quelques mouvements d’assouplissement et je m’aperçois tout de suite que ça boume. Je me serais cru plus sonné que je ne le suis en réalité.
— Merci d’être venu, dis-je au terreux, c’est une sacrée idée que vous avez eue, vieux, d’aller à la chasse cette nuit.
Il ne bronche pas ; ce zig, je vous jure, c’est l’incompréhension personnifiée…
Le voilà qui se baisse, prend son sac et fait la malouze en direction de la route. Je lui trotte au panier.
— Eh ! Dites, Toto, vous ne connaissez pas, par hasard, un petit bled, pas trop loin d’ici, où je pourrais trouver à me loger ?
Il ne répond rien. Il est sourd-muet, probable. Y en a des flopées dans les cambrouses ; ça vient de l’hérédité, m’a affirmé un toubib de mes aminches. Les péquenots lichetrognent tellement dans ce coin de France que leurs pilons ont du picrate dans les veines en venant au monde.
Il est là, tout indécis, avec pourtant l’envie de mettre le grand développement. Mon regard tombe sur sa main gauche. Quelque chose y brille à la clarté de la lune, c’est une superbe chevalière en or. Moi ça me fait salement tiquer, je vous le dis, because les bouseux n’ont pas l’habitude de porter des bijoux.
Décidément, l’homme au sac est bizarre. Et figurez-vous que la bizarrerie m’attire comme un soutien-gorge bien garni attire la main de l’honnête homme.
Je renouche mon pote. Il baisse la tête. Sa tête d’oiseau de proie mélancolique.