Plus j’y songe, plus je comprends que c’est la blonde Gretta qui m’a glissé le couteau dans la poche. J’aurais préféré une mitrailleuse jumelée, mais à cheval donné on ne doit pas regarder les dents, comme se tue à me le répéter Félicie. Gretta doit avoir de la sympathie pour moi. Elle a voulu faire un petit quelque chose et, tandis que l’autre bouillaveuse lui ordonnait de m’embrasser, elle m’a fait ce petit cadeau. C’est gentil… Ceci vous prouve qu’y a des gonzesses qui ont de l’éducation ; et puis, bien que ce gentil couteau manque d’efficacité, dans mon cas il est plus appréciable qu’une entrée au Salon de l’auto…
Je peux toujours le planter dans la viande d’un des factionnaires, histoire de l’utiliser avant de faire le grand voyage…
Le sang coule de mon visage. Je m’en barbouille les mains, puis j’ouvre le couteau et le glisse dans l’échancrure de ma chemise, la pointe reposant entre ma ceinture et mon ventre. Je vais à la porte et j’y balanstique des coups de pied qui ébranlent toute la maison, comme si un quatuor d’éléphants étaient en train d’y faire une partouze.
Un de mes gardiens ouvre, la mine courroucée, sa mitraillette sous le bras.
Je porte mes mains rouges de sang à ma bouche et je réussis un superbe hoquet. Le type croit que j’ai une hémorragie. Très intéressé, il s’approche de moi et me regarde.
— Was ? fait-il.
Je me casse en deux, comme si une douleur extrême me terrassait, en réalité ce mouvement me permet de saisir le couteau sans être remarqué. Prompt comme l’éclair je le dégaine et fonce d’un bond terrible sur le soldat, la lame en avant.
Le cure-dent, c’est pas mon genre de beauté. Mais je n’ai pas le choix. Je sens que la pointe troue le drap de son uniforme et entre dans sa poitrine comme dans du beurre.
J’ai eu du pot de ne pas buter sur une côte. Le gnace pousse un gémissement de vieux pneu victime de la hernie qu’il trimbale depuis un bout de chemin.
Il titube, ouvre la bouche et s’abat en avant.