Je le chope dans mes brandillons pour amortir le bruit de sa chute et je le dépose doucettement sur le carrelage. Puis je prends sa mitraillette.

C’est rudement bon de tenir ce bébé d’acier dans ses bras. À pas de loup, je m’approche du couloir où je coule un œil scrutateur. Pour comble de veine, mon second gardien n’est pas là ; je ne sais pas s’il est allé aux fraises ou quoi, mais je crois qu’il va faire une trompette maison quand il va trouver son copain perforé.

Je m’engage dans le large vestibule. Personne n’est en vue pour l’instant ; j’entends, venant d’une pièce voisine, le clapotement d’une machine à écrire. C’est le moment d’arrêter l’orchestre et de faire le saut de la mort. La mitraillette sous le bras, le doigt posé sur la détente de l’arme, je m’avance dans la boîte comme si je marchais dans un panier d’œufs. Le canif de Gretta a fait des petits, vous le voyez ? C’est l’histoire de Perrette et de son pot de crémeux. Seulement, si je laisse choir la jatte, je ne risque pas un coup de tatane dans le prose, comme la petite fermière. Non, ce sera beaucoup plus brutal comme exercice.

J’arrive à la porte vitrée et j’ai juste le temps de me jeter en arrière. Deux officiers discutent sur le perron.

Au bout de l’allée, près du portail, il y a deux sentinelles… L’issue ne vaut pas grand-chose pour bibi.

Je bats précipitamment en retraite et retraverse le couloir. J’ai remarqué une porte juste à côté de celle de ma cuisine ; elle donne vraisemblablement sur les communs, peut-être y a-t-il plus d’espoir de ce côté-ci ?

Je la pousse et je me trouve nez à nez avec la seconde sentinelle qui se pointe en boutonnant sa braguette.

Il est plus surpris que moi, car il s’attend à rencontrer n’importe qui, y compris Adolf Hitler, plutôt que le gars San-A.

Je ne puis me servir de la mitraillette sans risquer d’alerter toute la garnison. Aussi je lui fonce dans le lard tête la première. Mon rush l’envoie dinguer les quatre fers en l’air. Sans lui laisser le temps de se remettre sur ses tiges, je lui place un de ces coups de savate dans le bocal qui pulvériserait une borne kilométrique. Il ne profère pas un mot et se ratatine sur le plancher. Prompto, je repousse la lourde. À tout hasard je lui pique aussi sa péteuse ; quand je vous disais que c’était, transposée, l’histoire de Perrette… Si ça continue, je vais avoir tellement de seringues que je pourrai ouvrir un magasin. Comme enseigne, je verrais assez quelque chose dans le genre de « À la sulfateuse »…

Je me trouve dans un vaste local qui doit servir de salle de garde. Il y a des tables de bois blanc, des chaises, des portemanteaux… À l’autre bout, une porte-fenêtre donne sur un parc où des soldats verts font la manœuvre.