Je suis coincé dans cette cambuse comme dans un piège à rat. D’une minute à l’autre, l’alerte va être donnée ; vous parlez d’une corrida, mon neveu ! Ce que je voudrais être transformé en courant d’air…

Comme rester debout, les bras ballants, n’a jamais tiré un pauvre mec d’embarras, j’ouvre une autre porte. Elle ne peut guère me donner la clé des champs car c’est celle d’un petit réduit où sont entreposées des caisses. Je la referme avec humeur et mon regard est alors — et alors seulement — attiré par un écriteau fixé à la porte. Comme je ne connais pas l’allemand, je suis bien en peine de savoir ce qu’il bonnit. Pourtant, à bien le regarder, j’ai l’impression d’avoir vu des avis de ce genre dans les trains : « Ne pas fumer ! » Ça y est… J’y suis.

Pourquoi ne pas fumer ? Parce qu’il y a dans le secteur des denrées inflammables ou, qui sait, explosives ?

À la réflexion, ces caisses du réduit sont fort susceptibles de renfermer des grenades ou des balles. Mais la voilà, la troisième issue ! Je cours au soldat que je viens de sonner. Il est toujours dans la vapeur et il est probable qu’il y restera jusqu’au Jugement dernier.

Je lui fais les fouilles et je trouve ce que je cherche : une boîte d’allumettes.

Je déchire son pan de chemise et roule dedans l’écriteau. J’y mets le feu et je jette ce tampon enflammé sur la première des caisses. Reste à souhaiter qu’il dégagera suffisamment de chaleur pour faire exploser quelque chose, alors on peut être tranquille, tout sautera. Les essais dans le domaine de l’artifice m’ont assez bien réussi jusqu’à présent, y a pas de raison pour que ça change…

Je n’attends pas que l’effet sur lequel je compte se produise, je rebrousse chemin une fois encore et m’engage dans l’escalier de la cave.

Je n’ai pas descendu quatre marches qu’une détonation sèche retentit, aussitôt suivie d’un chapelet d’autres. La pétarade s’intensifie. Je dégringole le reste des marches. Je tourne à droite de l’escalier où est pratiqué une espèce de renfoncement, et je m’acagnarde dans l’angle du mur. C’est ce qui s’appelle avoir de l’initiative… La construction se met à trembler. On dirait qu’un des typhons de la Jamaïque s’est déclenché dans la taule. Ça chahute vachement dans le secteur ; il y a des explosions qui n’en finissent pas, des secousses, des grondements, des cascades de pierres…

Tout à coup, je pense à la petite Gretta. Si elle y laissait ses os, ce serait par trop injuste, car, en somme, c’est grâce à elle si j’ai pu arriver à ça !

Les explosions continuent un bon moment encore ; puis c’est une sorte de calme relatif, coupé de temps à autre de brèves pétarades…