La nudité de ses parents est une image insupportable, tellement répugnante ! Au contraire, elle ressent une sympathie physique pour la chair de son frère. Jadis, Petit Louis la caressait, mais ces attouchements ne la troublaient pas. Elle en avait seulement un peu honte, question de morale…
Après la maladie de Petit Louis, on les avait envoyés à la campagne. Dans un petit village dauphinois, poussé en pleine terre. C’est là-bas qu’elle a vu le vieux pommier commencer sa mort.
Petit Louis possédait déjà sa petite gueule têtue. Il avait un visage crispé et blême et des cheveux noirs, rêches, qui produisaient lorsqu’on les touchait, comme un bruit de paille. Hélène se croyait une jeune fille, à cause de ses nattes blondes, roulées en couronne autour de son front.
Hélène respire difficilement dans cette pièce chauffée par leurs vies. Y aurait-il une fuite de gaz ? D’où s’échappe l’odeur pénible que pompent ses narines avec suspicion ? Une odeur menue, piquante, qui froisse l’odorat et enfonce de longues aiguilles dans le crâne. Hélène renifle attentivement. Cette émanation monte des corps abandonnés.
« Nous puons à la queue leu leu », songe-t-elle.
Et il lui semble que, déjà, leur décomposition est commencée.
Elle se dit :
« Vieillir c’est se décomposer. »
Jamais cette pensée ne lui était venue.
En ce moment, malgré le sang, c’est l’été sur le monde. Une nuit d’été immense et onctueuse dans laquelle retentissent des plaintes et des allégresses de bêtes.