— Oui, dit résolument Hélène.
— Pourquoi ! hurle Petit Louis. Mes actes tombent de moi, je ne les traîne pas à ma suite. Ils n’inscrivent rien sur ma figure, sur mes mains non plus ; regarde mes mains.
Hélène obéit. Les mains de Petit Louis sont lisses comme des gants de chevreau, à peine craquelées aux jointures.
— Tes actes, explique la fille, ne signifient rien, on ignore si tu as donné la mort, mais on devine que tu peux la donner et cela suffit.
— Parlez pas de ça, supplie la mère.
Elle a le mufle inondé de larmes épaisses, pareilles à de la transpiration ; elle ne songe pas à les essuyer, au fond elle en est un peu fière et elle les exhibe triomphalement.
Le père étudie le goût du marc. Sa langue se débat dans des saveurs d’alcool familières. Il écoute la légère brûlure d’estomac que lui chuchote l’alcool.
Et il éructe béatement, ému et comblé par le repentir de son fils.
— Pourtant, reprend Petit Louis, après un silence, je me sens normal. Alors je n’éprouve pas ce que je suis, dis, Hélène ? Dans moi il y a notre enfance. Je voudrais y retourner et y mourir. Mourir dans notre enfance, ça ne m’effraie pas, mais mourir maintenant, je n’en suis pas capable. J’ai envie de recommencer. Souviens-toi, en classe déjà j’étais comme ça ; dès le deuxième trimestre je me disais : « Oh, si tout pouvait reprendre dès le début », mais voilà on ne sait jamais lorsqu’un début s’achève… Dans la vie il est toujours trop tard. On est marqué ; on obéit à la facilité et, quand tout est fini, ça nous fait une chouette destinée, comme dit maman.
Flattée, la mère dit :