Elle soupire sur son bras replié. Petit Louis mordille sa cigarette et crachote des brins de tabac.
« Ces gestes préparent le souvenir que Petit Louis laissera, songe Hélène. Lui est un être vivant dont la durée minutieuse revêt une importance constante, chaque battement de son cœur le propulse dans son destin limité. »
Soudain elle songe au danger arrivant d’Afrique, et qui se rue sur Petit Louis.
Son frère va peut-être mourir. Il va subir précocement la terrible métamorphose et un prodigieux silence s’appesantira partout où il devrait se trouver.
— Écoute, Petit Louis, balbutie Hélène. Je t’aime bien, tu es un être abject pour les autres, mais leur répulsion même te sanctifie.
Elle le chérit par précaution, eu égard à sa disparition possible.
— Grosse bête, fait Petit Louis.
Hélène remue dans le lit. Les plis de ses vêtements la meurtrissent.
— Tu devrais te lever, conseille la mère. Tu t’énerves au lit.
Comme elle comprend bien le corps de sa fille !