Des larmes pendent dans sa barbe, quelques-unes dégoulinent sur son nez, obéissantes aux caprices des rides. Sa tête lourde de honte est ruisselante de chagrin, cependant, il réussit à la soulever, à la montrer… Puis, exténué, il la laisse retomber sur sa poitrine.

— Pleure pas, papa ! supplie Petit Louis. Je peux pas le supporter. Tes larmes, c’est pire que du sang.

Perplexe, la mère fixe tour à tour son homme et son fils, se demandant auquel il convient de porter secours. Elle va s’asseoir au côté de Petit Louis, sur la paillasse, ça fait un gros tas malodorant de mauvaise viande contre lequel le garçon se blottit.

En regardant une vieille photo de Petit Louis, on découvre un gamin sournois, évitant l’œil de l’objectif.

À mesure que le temps coule les photographies s’éloignent de nous, et ce sont les clichés d’enfants qui nous paraissent les plus vieux. Nous nous trouvons en présence de gamins à l’air niais, vêtus en amiraux ou en jockeys et munis de cerceaux. Ils sont perdus dans un monde antique, garnis de poussifs coussins à glands et ils posent sur nous des regards dans lesquels nous croyons lire la confirmation de leur destin.

La mère pétrit la tête de Petit Louis. Sous ses caresses, la triste expérience de ce visage disparaît. Seule subsiste une fausse candeur chargée de méfiance. La mère pense avec tendresse :

« Il ressemble à la photo du quatorze Juillet. Ah ! comme il était joli avec son beau costume marin. »

Elle revoit la figure butée de son fils sous le béret rond. Il s’était laissé photographier de mauvaise grâce. Son père avait dû lui administrer une taloche…

« Voilà bien l’erreur des pères, se dit la grosse femme, ils battent leurs enfants lorsque ceux-ci sont petits, et puis après ils n’osent plus. Et pourtant, c’est quand les enfants sont grands qu’ils peuvent le mieux supporter les coups et qu’ils en ont vraiment besoin. »