La mère respire Petit Louis. La peau du garçon dégage une odeur fragile : cheveux et cuir, sueur et eau de Cologne. Une odeur qui se désagrège dans le nez après avoir glissé un petit goût acidulé sous la langue.
La mère ferme les yeux et presse Petit Louis contre elle. Il s’incruste dans sa chair. Ses formes dures s’imposent dans cette mollesse maladive. Il se perd dans sa mère, tandis que, dehors, le peuple brandit férocement son immense allégresse.
La mère chantonne :
— Na na, na na na, na na na na nère, d’une voix graisseuse qui s’accompagne d’un ronflement bulbeux des bronches.
Le dos d’Hélène bouche le jour. Le père ressemble à un vrai vieux. Il est tout ratatiné dans son fauteuil, avec l’air de mélanger le passé et le présent.
— Mon petit, chuchote la mère.
Gêné, le gros de sa crise dissipé, Petit Louis s’en va d’elle comme une ombre.
— Je vais regarder ta photo du quatorze Juillet, dit-elle amoureusement.
Puisque son fils ne consent plus à se laisser toucher, elle veut poursuivre le contact à travers son image.
Son sac à main possède un gros ventre, comme elle. Un ventre bourré d’argent, de papiers, de photographies.