Il contient une sorte de sanglot pareil à un gloussement.

— Faites pas les idiots, voyons, implore-t-il.

Il regarde les masses immobiles que forment les siens ; leur silence l’inquiète ; il se lève et va à son père. Le point lumineux de sa cigarette ressuscite un peu de la figure épaisse du vieux. Cette bouche qui apprend le silence est comme un bâillon sur la sienne. Il voudrait lire dans les yeux de son père, mais la cigarette ne peut révéler qu’un seul œil à la fois or, de même qu’on ne marche pas avec une jambe, on n’exprime rien avec un œil.

— Tu ne veux pas partir, dis ?

Le père tend la main en direction de son fils et touche sa veste. Curieux comme ça vit une veste, dans le noir.

— Mon pauvre petit, dit-il, très bas, tout cela est ma faute, j’aurais dû vous maintenir dans le droit chemin, ta sœur et toi. Et puis on est faible…

— Oh ! ça va, grommelle Petit Louis en retournant s’asseoir, le droit chemin ! Parle pour ta fille qui levait ses robes devant le premier Allemand venu, moi, j’ai suivi ma conscience. Je pensais que la vérité était dans le triomphe. Et celle que j’avais choisie n’a pas triomphé.

— Ça n’était donc pas la vérité, résume le père qui se demande à quoi ressemble la conscience de Petit Louis.

— Est-ce vraiment ma faute ?

La mère dit :