— Tu es fou, dit le père en esquissant un geste las, tu me répugnes comme une brute malfaisante. Mon pauvre enfant, tu parles en aveugle, tu ne veux pas voir ce qui existe et tu nies tout ce que tu ne vois pas. Comment pourrai-je te montrer où se trouve la vérité.

— Où se trouve la vérité ! pouffe Petit Louis. Mon père, gardez-vous à droite, mon père, gardez-vous à gauche ; il existe autant de vérités que d’individus. Donc, pour moi, il n’y en a qu’une : la mienne.

Le père regarde son épouse. Est-ce là mon fils ? semble-t-il lui demander.

Elle s’affaisse un peu plus sur sa chaise. Comme elle est facile cette grosse femme, moite et bonne. Sa vérité elle la connaît bien : c’est ses enfants. Elle l’exprime au père avec ses yeux de brebis.

— Tu es une sainte, dit gravement le père en lui saisissant la main.

— C’est vrai, approuve Hélène.

Petit Louis sourit à un paradis où trônent des dieux mafflus.

Le père éprouve le besoin de parler encore des soldats :

— Vois-tu, Petit Louis, j’ai l’impression de descendre de toi, c’est idiot, hein ? Cela parce qu’une race évolue et que je suis plus évolué que toi malgré ma lourde bêtise. Ces soldats de ton âge sont mes frères et toi, tu es quelque chose d’infiniment vieux car tu les détruis. Tu es installé dans ton mal et tu te nourris de ta pourriture. Je persiste à croire tout de même que tout cela est ma faute. On met des tuteurs aux arbrisseaux et toi je t’ai laissé pousser n’importe comment.

— Mais non, papa ! s’écrie Hélène, tu n’as rien à voir dans le cas de Petit Louis. Il est devenu lui-même avec les idées spirituelles que notre humanité bouleversée lui a proposées.