Il se démultiplie. Ses sens se répandent dans la pièce. Il éclate.

Et partout, autour d’eux, une habitude de vie mendie : des cris au-dehors, des objets environnants… Le jour transparent, collé sur des pellicules de jour où se mêlent des filaments de soleil.

Midi pèse sur la ville. La chaleur tourne dans le four du ciel comme un fer rouge. Les gens s’assoupissent un peu épuisés par leur allégresse. Leurs rires sont mous, leurs regards fatigués d’extase.

Ils ont cessé de douter de la réalité.

La foule est moins incohérente, elle absorbe les soldats et dévore leurs exploits. En bas, devant une crémerie, un groupe de ménagères se fait narrer des anecdotes historiques par un jeune sergent en terre cuite.

Petit Louis pense lugubrement :

« On dirait qu’il leur raconte ma mort. »

Des guirlandes de Marseillaise serpentent dans les rues. Parfois, la foule s’ouvre devant une bande tapageuse, composée de tous ceux qui n’ont pas bougé pendant quatre ans et qui viennent de découvrir l’action. Les premiers brandissent des drapeaux et frappent sur des tambours de patronage. Il y a un grand cul à lunettes qui s’époumone dans un clairon. Derrière, une cohorte hirsute, hurlante, cherche une bastille à prendre ; des femmes ruisselantes de sueur, des petits fonctionnaires. Tout ce brave monde croit que la digne vie quotidienne est partie avec les Allemands. Il est libéré, mais libéré surtout de ses habitudes.

« Le jour de gloire est t’arrivé. »